Un grain de folie à partager, quelques idées à semer, beaucoup de couleurs à ajouter...
Le jardin des arts est l'endroit où les passions se rencontrent, avec pour terrain commun un jardin fleuri...
et un goût du naturel certain !
Et quand cela est saupoudré des malices d'une créature des chemins,
cela donne ça...
Bienvenus !


21 juin 2013

Moi et mes souvenirs...Hors-sujet ? mais non.... #8

Il y a des périodes de votre vie où il fait bon se raccrocher à quelque chose. Les moments de doute, les passages à vide, les frousses et changements de notre existence...Je ne sais pas pourquoi je me suis retrouvée là, dans cette intervalle d'enfance, qu'est le jardin de mes parents. C'était une fin d'après-midi, il faisait beau, et mes jambes ont retracé avec mon âme les chemins de mes souvenirs. 

Le vieux puits, dans lequel je venais puiser l'eau, rien que pour le plaisir. Pour mes chiens, pour me rafraîchir le visage et les bras, pour arroser le massif juste à côté, le premier que j'ai créé. Une spirée, un céanothe, des véroniques, des bugles rampants, des achillées...Quelques plantouilles achetées avec mes petits sous gardés précieusement, des morceaux de végétaux que, parfois, je suppliais mes parents de m’offrir, de mes yeux larmoyants savamment travaillés...

Quelques pas dans le jardin, enfin, le parc plutôt, avec sa taille peu compatible avec l'emploi du temps de mes parents...Un entretien gigantesque, des tailles encore à faire, des tontes toujours à renouveler, inlassablement, ces difficultés qui le rendent toujours un peu sauvage. Et l'émotion au bout des yeux, qui regardent le soleil jouer avec les feuillages. L'émotion au bout des doigts, qui caressent les écorces déjà maintes fois caressées, celles des chênes qui ont grandi en même temps que moi, parce que mon père voulait en faire une forêt. L'émotion au bout des mots, qui répondent au joli discours d'un oiseau, un rouge gorge, j'aime à me dire que c'est toujours le même depuis toutes ces années. L'émotion, partout, en fermant les yeux et en inspirant les odeurs du jardin qui se mêlent en un parfum extraordinaire.

Quelques pas autour du kiosque, une idée à moi, encore, que mon papa a bien voulu réaliser de ses mains de magicien. Je ne savais pas alors que je construisais comme un temple d'amour. Les roses et les clématites, la mousse au sol, ce petit paradis qui a accueilli les voeux et l'échange d'anneaux de deux amoureux, Jérôme et moi, il y a deux ans. Les sourires et les larmes de joie qui en imprègnent encore les lieux. Faire le tour, rentrer dedans, se dire que les clématites ne sont pas en si mauvaises compagnie. Arracher tout de même une ou deux mauvaises herbes; et se dire qu'il faudra revenir, pour tout enlever.

Quelques pas encore, au rythme du vent, au rythme du temps. Et ma main sur l'écorce, encore, de l'arbre que j'ai planté, plus de 15 ans auparavant. J'ai toujours su qu'il y arriverait, malgré ce qu'on me disait. Le voir grandir, un mètre, 3 mètres,10 mètres, et en être fière. Se souvenir du froid de l'hiver 2012, entourer son tronc de mes bras, en fermant les yeux. Et il repousse, qui en doutait ? Je caresse du plat de la main les nouvelles tiges et ses feuilles bleutées...Je poursuis, longe un massif de sous bois que les géraniums vivaces ont colonisé. Je n'en avais planté qu'un ou deux, pourtant. Ou trois ? Je ne sais plus. Être surprise de la taille qu'a pris le buddleia ici, la spirée là bas...

Mais quelques structures sont cassées, le rosier grimpant est couché. Il fleurit comme jamais, pourtant. Qu'il est beau, je le dis à voix haute, pour qu'il l'entende. Aller voir du côté des jardinières, pas une idée à moi, pour une fois. J'étais sceptique, mais bon, se dire que ce n'est pas mal ce qu'en a fait mon père. Et je les ai remplies, de bouts de plantouilles bien vaillantes. "Pas trop haut hein", me disait mon père. Je n'ai jamais compris pourquoi, pour voir le jardin, il m'explique. Bon, d'accord. Planter des géraniums,  encore, des myosotis, et bon, sur le côté, mettre quand même une véronique, haute, bleue, belle. Mon papa a râlé, mais elle est toujours là. 

On m'appelle. Le jardin m'appelle. Faire un détour par le sous bois. Je lève mes yeux vers les chênes, me nourris de vert, de lumière, de joie. Garder le regard vers les cimes, longtemps, avoir mal au cou, mais continuer quand même. Je voulais grimper en haut, un jour. Je me disais "quand je serai plus grande". Etre plus grande, mais se rendre compte que ce n'est toujours pas possible. En être heureuse. Encore un rêve à ajouter sur la liste. 

Et la campagne autour. Les fleurs de sureau. Les sumacs qui émergent un peu partout. Les sapins de nos noëls. La façade de la ferme jamais finie. Le potager pas arrosé. Les melons divins. Les trésors enterrés. Les animaux enfouis.  Le beau poulailler en pierre sans poule dans lequel on enfermait les frangins, pour rire. Et le grand chêne, mon chêne, sa basse branche sur laquelle je passais des heures. Ce jardin m'a construite, il a été le plus beau cadeau de mes parents à l'enfant que j'étais, et que je suis, encore aujourd'hui...


31 commentaires:

  1. On marche avec toi, tranquillement, sereinement, paisiblement dans ce jardin, cette acceptation. Merci

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  2. Quel beau texte, très bien écrit, je me voyais à ta place dans le jardin de ton enfance en te lisant.

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  3. C'est trop beau, trop vrai. Je pleure... Merci Stéphanie ♥

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    1. J'avoue avoir pleuré en l'écrivant...

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  4. Juste... voilà quoi! Comme dit François, on parcours ce jardin dans ton enfance, avec ce regard innocent... Merci, on y est presque!
    Merci Stéphanie, ce sont des souvenirs simples et précieux, et les partager avec nous, c'est tellement doux!
    Bises!
    Aude

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    1. Merci beaucoup Aude, je suis contente d'avoir partagé quelques uns de ces souvenirs.

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  5. C'est là que les souvenirs prennent toute leur ampleur, c'est magnifique, très bien tourné, tout plein d'émotions, Bravo !! Bisous

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  6. C'est difficile de commenter un texte aussi chargé d'émotions. Comme je t'envie de pouvoir exprimer si précisément ce qui nourrit ton coeur. C'est très beau...
    *doux week-end*

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    1. Merci à toi, je suis émue d'émouvoir....

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  7. C'est très émouvant de te lire, de te suivre pas à pas dans ce jardin empli de souvenirs qui, de près ou de loin, se rapprochent des nôtres et nous font monter une larmichette ou deux! (ou trois!)

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    1. oui, finalement, les souvenirs ont un quelque chose d'universel, c'est ce qui est si beau !

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  8. Ballade très émouvante en ta compagnie, et comme je t'envie d'avoir grandi dans un jardin ! J'ai du attendre presque 30 ans pour en avoir un, et j'espère que mes enfants auront, eux, le même genre de souvenirs que toi quand ils seront grands.

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    1. Oh, comme je te comprends ! ils te remercieront sans doute un jour, comme j'ai remercié mes parents.

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  9. Bonjour Stéphanie, je venais flâner sur ton blog par simple curiosité, car j'aime beaucoup découvrir l'univers de ceux qui déposent un petit commentaire chez moi, et puis.... Voilà que je tombe sur cet article qui m'a beaucoup émue... Je ne sais pas si c'est parce que je suis dans une période mi-nostalgique, mi-mélancolique, mais les quelques photos qui illustrent ton billet me rappellent à mes propres souvenirs... Quand à tes mots, c'est très émouvant ce plongeon dans ta mémoire, merci beaucoup pour ce joli partage qui fait du bien à l'âme... :) Bonne journée.

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    1. Je te remercie mille fois Marie, surtout venant de toi qui sait si bien manier les mots ! J'ai l'impression que beaucoup partagent ma mélancolie en ce moment, c'est étrange...
      N'hésite pas à repasser quand tu veux, ce sera un vrai plaisir de t'accueillir ici !

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  10. Une vraie poète notre Stéphanie....

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    1. Roh, peut être pas tant...mais merci Ingrid :)

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  11. Je me promène avec délices dans le jardins de vos souvenirs où Nat & Nature m'a conduite par un petit message dans son dernier post. Quelle exubérance de plantes nommées, cajolées, aimées ! Vous lire est un vrai régal, mélange d'humour et de poésie, recette de mots joliment mêlés qui donnent à la lecture un goût de joyeuse nostalgie (est-ce si incompatible ?). Merci pour ce délicieux moment ! Laure de A TOUS LES ÉTAGES

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    1. Merci ! merci à vous pour ce gentil commentaire; j'ai vraiment des lectrices adorables...revenez quand vous voulez, hein, surtout !

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  12. Je suis aussi émue en lisant ce billet qui font revenir des souvenirs de jardin d'enfance. C'est beau de pouvoir mettre des mots sur ce qu'on ressent et ça soulage peut-être.
    Bonne soirée
    Nicole

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    1. Oui, ça soulage, tout à fait...comment as-tu deviné ? :)

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  13. Un si beau texte voguant mélancoliquement sur les émois d'une mémoire à fleur de peau et écris avec le cœur. Une prose qui vaudrait bien une parution dans le style "carnet de voyage au pays des souvenirs". Un petit baume pour le vague à l'âme assurément Compliments.

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    1. Merci beaucoup Maryline, je suis en joie de voir que le billet a parlé à beaucoup de monde. Le coeur y était, je suis ravie de voir que cela s'est senti !

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  14. Ma Stéphanie,
    Tu me fais redécouvrir mon propre jardin, c'est fou. Ton texte est chargé d'émotions et je t'avoue, j'ai craqué. Je te revois me parler de ce jardin, de ses petits défauts (mais c'est quoi ça au milieu avec des plantes de 2 mètres? Euh un massif..), de tes projets, de tes souvenirs, de ta petite moue d'enfant quand tu les relates. Je ne te l'ai jamais dit mais tu parles comme Papa, de la même façon, avec la même petite étincelle quand il me parle des arbres qu'il a planté des années auparavant. Combien de fois il m'a demandé avec sa tête mi-inquiète mi-amusée : tu crois que si je taille l'arbuste, Stéphanie va m'engueuler? Ce jardin c'est le vôtre, c'est votre fierté, là où vous vous retrouverez toujours. En tout cas, tu m'as fait prendre conscience qu'il est temps que je prenne la relève et que je prenne soin de ton petit jardin secret (jardin qui est devenu champs d'ailleurs!). Comme si je chérissais une partie de toi ;) Je t'aime tu sais.
    Ta Marie.

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    1. Ma Marie,
      Vraiment, tes mots me transpercent, je crois que c'est la première fois à ce point. Toujours là à être auprès des gens, à les porter, sans même t'en rendre compte. Et je me rends compte que même ça, mon jardin, mon enfance, tout ça...Même ça, tu le connais. Merci. Merci d'être là, toujours.

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  15. Tout simplement merveilleux.
    Je savais que tu avais des doigts de fée mais en plus tu es poète.
    L'oeuvre que tu as commencée doit être entretenue et comme tu le dis, ce parc est grand : quand je commence à tondre ici, là-bas a déjà repoussé.
    Le problème c'est que j'ai beaucoup de travail et je ne peux malheureusement être partout.
    Mais c'est grâce à ses dimensions et à sa forme bizarroïde qui font le charme de ce jardin.
    J'en ai enlevé des ronces et il reste encore des endroits à nettoyer.
    J'en ai planté des arbres pendant que toi tu le fleurissais.
    Merci Stéphanie pour ce que tu as fait et que tu fais encore quand tu viens à la maison.
    Merci pour ce texte plein d'amour.
    Bon anniversaire Stéphanie.
    Je t'aime.

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